Lire un bulletin de paie, rubrique par rubrique.
Brut, net à payer, net social, net imposable, cotisations groupées par risque. Ce que dit chaque bloc du bulletin de paie. Et les deux mentions qui n’ont pas le droit d’y figurer.
9 min de lectureÉcrit par l’équipe ByUsage
La soustraction que le bulletin imprime
1 − 2 + 3 − 4
- 1Rémunération brute
- 2Cotisations et contributions salariales
- 3Indemnités non soumises à cotisations
- 4Autres retenues
Le résultat est le net à payer avant impôt sur le revenu. Le prélèvement à la source s’en retire ensuite.
Le bulletin de paie est le document le plus lu et le moins compris de l’entreprise. Le salarié y cherche une seule ligne. L’employeur y cherche une erreur. Et la trentaine de lignes qui séparent le brut du net reste un bloc opaque pour à peu près tout le monde.
Il obéit pourtant à un modèle réglementaire, le même pour toutes les entreprises françaises. Un ordre de rubriques imposé, et une liste de mentions obligatoires. Une fois cet ordre connu, un bulletin se relit en deux minutes et une anomalie se voit. Voici ce que dit chaque bloc, dans l’ordre où il apparaît.
Le haut du bulletin, ce qui l’identifie
- L’employeur
- Raison sociale et adresse, numéro SIRET de l’établissement qui emploie, code d’activité. Puis l’organisme auquel les cotisations sont versées, et le numéro sous lequel elles le sont.
- La convention collective
- Son intitulé, ou la référence au code du travail quand aucune branche ne s’applique. C’est une mention obligatoire, et c’est aussi la ligne la plus lourde de conséquences de tout le haut du bulletin.
- Le salarié
- Nom, emploi occupé, position dans la classification conventionnelle, coefficient. Le numéro de sécurité sociale et l’adresse figurent aussi, puisqu’ils partent ensuite dans la déclaration.
- La période
- Le mois d’emploi, la date de paiement, l’horaire de travail et le nombre d’heures. Ou la nature du forfait quand le salarié est au forfait jours.
- Les congés
- Les compteurs de congés payés et de repos, acquis, pris et restants. Quand une période de congé est comprise dans le mois, ses dates et le montant de l’indemnité doivent y figurer.
La ligne de convention collective décide de bien plus que de l’apparence du document. Le minimum applicable à la classification, la prime d’ancienneté, les jours pour événements familiaux, la durée du préavis et le maintien de salaire pendant un arrêt en viennent tous. Comment déterminer sa convention collective et lire son IDCC est donc le préalable à tout le reste, et une branche mal identifiée produit des bulletins faux pendant des mois sans que rien ne le signale.
La ligne de période obéit à la même logique. Elle porte l’horaire et le nombre d’heures, sauf pour un salarié au forfait annuel en jours, dont le bulletin porte la nature et le volume du forfait. Ce forfait suppose alors un document de contrôle des journées travaillées, qui ne se trouve jamais dans le logiciel de paie.
Le corps, des cotisations rangées par risque
| Risque | Ce qu’il finance | Qui paie |
|---|---|---|
| Santé | Maladie, maternité, invalidité, décès, prévoyance et complémentaire santé | Salarié et employeur |
| Accidents du travail | Accidents du travail et maladies professionnelles, à un taux notifié établissement par établissement | Employeur seul |
| Retraite | Sécurité sociale plafonnée et déplafonnée, retraite complémentaire en tranche 1 et tranche 2 | Salarié et employeur |
| Famille | Allocations familiales | Employeur seul |
| Assurance chômage | Chômage, et la cotisation Apec pour les cadres | Employeur, l’Apec restant partagée |
| Autres contributions | Versement mobilité, dialogue social, formation professionnelle, apprentissage | Employeur seul |
| Cotisations conventionnelles | Ce que la branche impose en plus du régime général | Selon la convention |
| CSG et CRDS | La part déductible du revenu imposable et la part qui ne l’est pas | Salarié seul |
| Exonérations | Réduction générale et allègements, en déduction du total employeur | Employeur |
Chaque ligne porte une assiette, un taux salarial, un taux patronal et les deux montants qui en découlent. Le regroupement par risque est celui du modèle réglementaire, et il remplace l’ancienne liste où chaque organisme avait sa ligne. C’est aussi lui qui rend le document lisible. Il répond à la seule question que se pose un salarié devant sa fiche. Ce que cet argent finance.
Deux points méritent d’être notés. La part salariale de l’assurance chômage a disparu en 2018, remplacée par une hausse de la CSG. C’est pourquoi un salarié cotise au chômage sans voir de ligne à son nom. Le taux d’accident du travail n’est pas national. Il est notifié établissement par établissement, selon l’activité et la sinistralité. Recopier celui d’une autre entreprise du même secteur est donc exclu.
Cinq totaux, et une seule soustraction
Le bas du tableau ferme le mois sur cinq totaux numérotés. La rémunération brute. Les cotisations et contributions salariales. Les indemnités non soumises à cotisations. Les autres retenues. Et le total des cotisations patronales. Le bulletin imprime lui- même la formule qui les relie. Voici ce que cela donne sur un cas simple. Un cadre à 3 800 € de salaire de base, avec des heures supplémentaires et une prime d’ancienneté.
| Total brut | 4 105,00 € |
| Cotisations et contributions salariales | − 862,05 € |
| Net à payer avant impôt sur le revenu | 3 242,95 € |
| Prélèvement à la source | − 389,15 € |
| Net à payer au salarié | 2 853,80 € |
Le total versé par l’employeur, qui apparaît à part, additionne le brut et les cotisations patronales. C’est le coût réel du salarié, et il n’a rien à voir avec le montant du virement. Entre les deux, la différence est faite de cotisations qui financent des droits. Pas d’une ponction sans contrepartie. C’est exactement ce que le regroupement par risque rend visible.
Les trois nets que tout le monde confond
Le net à payer
Ce qui arrive sur le compte bancaire.
Le net après cotisations salariales et après prélèvement à la source. C’est le seul des trois qui corresponde à un virement, et c’est celui que le salarié cherche en premier.
Le montant net social
La référence des prestations sociales.
Le revenu net de toutes les cotisations et contributions sociales, avant impôt. Le montant net social est obligatoire sur le bulletin depuis 2023. Il sert de base au calcul du RSA et de la prime d’activité, où il est désormais prérempli.
Le net imposable
L’assiette de l’impôt sur le revenu.
Il ajoute au net avant impôt la CSG et la CRDS non déductibles, ainsi que la part patronale de la complémentaire santé. Il est donc supérieur à ce que le salarié touche, ce qui surprend tous les ans au moment de la déclaration.
Sur l’exemple ci-dessus, le montant net social vaut 3 242,95 €, comme le net avant impôt. Aucune indemnité non soumise n’a été versée. Dès qu’un remboursement de frais professionnels apparaît, les deux se séparent. Le net avant impôt le comprend, le net social non, puisque ce n’est pas un revenu. C’est la source d’écart la plus fréquente entre les deux montants, et elle n’indique aucune erreur.
Ce qui doit y figurer, et les deux choses interdites
La liste des mentions obligatoires est fixée par le code du travail. Identité des deux parties, organisme de recouvrement et numéro de versement, code d’activité, convention collective. Emploi et classification, période et heures. Montant brut, taux et montants des cotisations. Montant net social, net à payer avant impôt, somme effectivement reçue, date de paiement. Dates de congés le cas échéant, total versé par l’employeur. Et la mention invitant le salarié à conserver le bulletin sans limitation de durée.
Deux mentions sont interdites. Le bulletin ne doit porter ni l’exercice du droit de grève, ni l’activité de représentation du personnel. La rémunération liée à un mandat de représentation existe bien. Elle figure sur une fiche annexée au bulletin, distincte, de même régime juridique et de même confidentialité. Faire apparaître ces éléments sur le bulletin lui-même est une faute. C’est une des rares choses qu’un logiciel de paie mal réglé fait sans que personne s’en aperçoive.
Une fois le bulletin validé, son contenu ne reste pas dans l’entreprise. Il alimente la déclaration sociale nominative du mois, qui redistribue les mêmes données à l’Urssaf, à la retraite complémentaire, à l’administration fiscale, aux organismes de prévoyance et à France Travail. Une erreur de bulletin devient donc une erreur déclarative chez cinq destinataires à la fois.
Combien de temps il faut le garder
L’employeur conserve un double des bulletins pendant cinq ans. Le salarié, lui, est invité à garder les siens sans limitation de durée. Ils servent à reconstituer une carrière au moment de la retraite. Parfois quarante ans plus tard.
Quand le bulletin est remis sous forme électronique, l’obligation change d’échelle. Sa disponibilité doit être garantie pendant cinquante ans, ou jusqu’aux soixante-quinze ans du salarié. Cette obligation pèse sur l’employeur. Elle ne se transfère pas à l’éditeur du logiciel qui héberge les documents. Une nuance à vérifier dans les conditions générales avant de signer. Un espace de consultation ouvert le temps de l’abonnement n’est pas une archive à cinquante ans. Il ne prétend pas l’être.
La question à poser à un éditeur est donc simple. Que puis-je exporter, quand, dans quel format, et comment prouver plus tard que le fichier que je détiens est bien celui qui a été émis. Où vivent vos données et comment vous les récupérez détaille les six questions qui règlent ce point, et ByUsage Pay y répond par un export permanent plutôt que par une procédure de sortie.
Le produit qui fabrique ce document porte plusieurs noms selon les éditeurs. Ce que recouvre le mot plateforme de paie sépare le moteur qui calcule du portail qui se contente de distribuer.
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